Publié par David Deteve dans Actualités le 09/10/2026 à 09:09
Un cadran en jean. Du vrai. Et douze index cousus à la main, directement dans le tissu. La jeune marque horlogère genevoise Arsène Lippens vient de présenter une montre mécanique assez improbable : l'Artigiano Sashiko Denim, référence 0599-SD. Seulement dix exemplaires numérotés, proposés à 1 900 francs suisses chacun.
Le plus étonnant ? Cette montre ne cherche pas la perfection industrielle. Elle revendique justement les petites irrégularités du travail manuel. Et ça change beaucoup de choses.
L'idée vient du Japon. Le Sashiko est une technique traditionnelle de couture utilisée pour réparer, renforcer et décorer les textiles usés. Plutôt que de cacher les points de réparation, on les transforme en motifs visibles.
Arsène Lippens s'est associé à Pey van der Wel, artiste néerlandais et fondateur de SASHIKODENIM, pour adapter cette technique à une surface minuscule : un cadran de 37,5 mm.
Chaque index horaire est brodé individuellement avec un fil blanc. À 3, 6, 9 et 12 heures, les points forment de petites croix. Le denim conserve son relief, ses nuances de bleu et ses irrégularités naturelles.
Résultat : aucun des dix cadrans ne sera parfaitement identique.
Cette recherche de matières inhabituelles rappelle la Citizen AQ4106-00B et son véritable cadran en papier japonais. Autre approche spectaculaire : Glashütte Original utilise de la porcelaine cuite à 900 °C pour sa Senator Meissen.
Trois matériaux radicalement différents. Une même obsession : donner du caractère à une surface que les horlogers fabriquent habituellement en métal.
La fiche technique reste volontairement classique. Le boîtier en acier inoxydable 316L mesure 37,5 mm de diamètre pour 9,9 mm d'épaisseur. Le verre saphir bombé protège le textile, tandis que l'étanchéité annoncée atteint 50 mètres.
À l'intérieur, on retrouve le Sellita SW210-1b, un mouvement suisse à remontage manuel offrant 48 heures de réserve de marche.
Pas d'automatisme. Il faut remonter sa montre à la couronne. Les amateurs de mécanique traditionnelle connaissent bien ce rituel, également présent sur la NOMOS Metro Date Power Reserve.
Le bracelet est lui aussi réalisé en denim, avec une boucle ardillon. L'ensemble reste cohérent, même si une petite réserve s'impose : l'absence de matière luminescente rend la lecture nocturne moins pratique.
Les ventes ouvrent le 9 octobre 2026 à 15 heures, heure de Paris, pour une durée maximale de 48 heures. Elles s'arrêteront plus tôt si les dix exemplaires trouvent preneur.
À ce prix, personne n'achète une prouesse mécanique. Le Sellita reste un calibre relativement conventionnel. Ce qui coûte cher ici, c'est la collaboration artistique, le travail textile et la production minuscule.
Arsène Lippens avait déjà exploré le denim avec son Artigiano Como. Mais cette édition Sashiko pousse l'idée beaucoup plus loin grâce aux coutures réalisées à la main.
C'est presque le même raisonnement que derrière cette montre artisanale unique créée pour sauver un couvent corse : la valeur dépasse largement la mécanique.
Alors, 1 900 francs suisses pour un cadran en jean ? Si l'on cherche uniquement les performances horlogères, difficile à défendre. Mais pour un collectionneur sensible au travail manuel et aux montres impossibles à confondre avec les autres, cette Artigiano possède quelque chose de rare. Une vraie personnalité.