Publié par David Deteve dans Actualités le 26/09/2026 à 22:35
Une seule montre. Environ 60 heures de travail rien que pour son cadran. Et derrière cette pièce estimée entre 6 500 et 7 000 €, un objectif beaucoup plus grand : participer à la sauvegarde du couvent San Francescu di Niolu, en Corse.
L’histoire est assez folle. Jean-Dominique Le Meur, horloger-créateur installé à Solenzara, a conçu spécialement une montre unique qui sera attribuée dans le cadre d’une tombola solidaire ouverte jusqu’au 24 décembre 2026.
Ce n’est donc pas une série limitée à 50 exemplaires. Ni une édition spéciale habillée d’un nouveau cadran pour faire joli dans un communiqué de presse. Cette montre n’existe qu’en un seul exemplaire.
Le premier détail qui accroche le regard, c’est évidemment son cadran.
Jean-Dominique Le Meur utilise ici la micro-marqueterie, avec un assemblage d’ébène, d’olivier et de nacre. L’olivier dessine notamment la Croix Tau, associée à saint François, créant un lien direct entre la montre et le couvent qu’elle doit aider à préserver.
Le travail aurait demandé environ 60 heures uniquement pour le cadran, après plusieurs mois de préparation du projet. Au dos du boîtier, une gravure représentant le couvent pousse encore plus loin cette logique de pièce commémorative.
Ce genre de réalisation rappelle pourquoi certaines montres artisanales possèdent une personnalité que les productions industrielles peinent à reproduire. Ici, les matériaux ne sont pas simplement décoratifs. Ils racontent quelque chose.
Et c’est précisément ce qui rend cette montre intéressante.
La valeur de la pièce est estimée entre 6 500 et 7 000 €. Pourtant, l’objectif n’est pas de la vendre au plus offrant.
La montre est mise en jeu à travers une tombola dont les fonds doivent contribuer à la restauration du couvent San Francescu di Niolu, situé à Calacuccia.
L’édifice, dont l’histoire remonte à plusieurs siècles, est aujourd’hui confronté à d’importants problèmes structurels et nécessite des travaux conséquents. Le lieu appartient aussi à l’histoire corse, notamment à travers les événements liés aux Impiccati di u Niolu au XVIIIe siècle.
Du coup, cette petite montre concentre quelque chose d’assez rare : horlogerie, artisanat, patrimoine et mémoire locale dans le même objet.
Pour ceux qui aiment les pièces qui sortent réellement des catalogues classiques, notre dossier consacré aux montres de luxe et aux critères qui leur donnent réellement de la valeur permet justement de comprendre pourquoi la rareté seule ne suffit pas. Le travail manuel, l’histoire et la provenance comptent énormément.
Ce n’est pas la première fois que Jean-Dominique Le Meur utilise une montre pour soutenir une cause locale.
Une précédente création, estimée à environ 3 000 €, avait été mise en jeu afin de financer des travaux sur le clocher de Pioggiula. Résultat annoncé : environ 8 500 € récoltés.
Autrement dit, presque trois fois la valeur estimée de la montre.
L’horloger avait également réalisé une opération au profit de la SNSM de Porto-Vecchio. Cette fois, les besoins du couvent sont bien plus importants, mais le mécanisme reste le même : transformer une pièce horlogère désirable en levier pour financer un projet local.
Ça change franchement des habituelles éditions limitées conçues principalement pour créer de la rareté commerciale.
C’est probablement ce qui rend l’histoire aussi séduisante pour un amateur de montres.
Il existe des milliers de montres dites exclusives. Certaines sont produites à 500 exemplaires, d’autres à 5 000. Ici, le chiffre est beaucoup plus simple : un.
Un cadran réalisé spécialement, une gravure dédiée, plusieurs dizaines d’heures de travail et une histoire impossible à reproduire à l’identique.
Les amateurs de créations plus artistiques peuvent aussi découvrir l’univers très particulier des montres Alexander Shorokhoff, où cadrans travaillés, gravures et petites séries occupent également une place centrale. Deux approches différentes, mais une même idée : une montre peut devenir bien plus qu’un simple instrument pour lire l’heure.
La tombola autour de la montre San Francescu di Niolu reste ouverte jusqu’au 24 décembre 2026. Les sommes récoltées doivent être reversées à l’association chargée de la sauvegarde du monument, tandis que les frais liés à l’opération sont pris en charge par l’entreprise de Jean-Dominique Le Meur.
Et au bout du compte, une personne repartira avec cette montre que personne d’autre ne pourra acheter.