Publié par David Deteve dans Actualités le 25/09/2026 à 07:10
Cette montre ne vient pas simplement de la collection d’une célébrité. Elle accompagnait Edward R. Murrow lorsqu’il présentait l’information face à des millions d’Américains. Son chronographe Bulova en or 14 carats sera proposé aux enchères cet automne, avec une provenance familiale et plusieurs photographies permettant de le reconnaître au poignet du journaliste.
La pièce constitue le lot 99 de la vente organisée par Jones & Horan du 1er au 22 octobre 2026. Aucun prix spectaculaire n’a encore été promis. Pourtant, son grand boîtier de 38 mm, sa fabrication atypique et son lien avec l’un des pionniers de la télévision américaine pourraient largement la distinguer d’une Bulova vintage ordinaire.
Edward R. Murrow aurait acquis ce chronographe autour de 1950. À cette époque, une montre de 38 mm était déjà imposante. Son boîtier atteint également environ 45 mm d’une corne à l’autre, des proportions qui devaient offrir une excellente lisibilité lorsque chaque seconde comptait à l’antenne.
Murrow apparaît régulièrement avec cette montre durant les émissions de See It Now. Il l’aurait aussi portée pendant ses activités à l’United States Information Agency et lors de rencontres avec le président John F. Kennedy. L’identification ne vient donc pas d’une simple photo floue : son fils, Casey Murrow, a fourni une lettre confirmant la provenance familiale.
Les journalistes et producteurs de CBS utilisaient volontiers des chronographes pour surveiller la durée de leurs séquences. La fonction avait alors un véritable intérêt professionnel. Cette Bulova pouvait mesurer un temps court sans obliger Murrow à détourner longuement son attention des caméras ou de ses interlocuteurs.
Ce rapport direct à l’usage rappelle que certaines montres vintage pour homme valent davantage par ce qu’elles ont réellement vécu que par leur seule fiche technique.
La montre possède un boîtier suisse Spillmann en or 14 carats. Cette entreprise a produit des boîtiers pour différentes manufactures, mais une exécution en or de ce type paraît extrêmement inhabituelle. Tyler St. Gelais, spécialiste de Jones & Horan, indique même ne connaître aucun autre exemplaire comparable.
Cette affirmation ne suffit pas à présenter la montre comme une pièce unique certifiée. Aucun registre de fabrication complet n’est encore cité. Elle renforce néanmoins l’hypothèse d’une commande spéciale réalisée pour Murrow, ou pour une personne souhaitant lui offrir un chronographe particulièrement lisible.
Autre détail intrigant : seul le cadran porterait clairement la signature Bulova. La taille inhabituelle, le boîtier Spillmann et cette signature limitée pourraient correspondre à une production personnalisée. Pour le moment, aucune facture ni archive de la marque ne permet toutefois de raconter cette commande comme un fait établi.
Ceux qui souhaitent découvrir une Bulova contemporaine conservant un véritable parfum militaire peuvent consulter notre avis sur la Bulova Hack. La rubrique consacrée aux montres Bulova permet également de mesurer l’écart entre les collections actuelles et ce mystérieux chronographe des années 1950.
Aucune estimation officielle clairement publiée n’accompagne encore la montre. Il serait donc trompeur d’annoncer un record ou une adjudication à six chiffres. Une Bulova ancienne, même en or, n’atteint pas automatiquement les sommes associées aux Rolex, Patek Philippe ou Cartier les plus recherchées.
Ici, la valeur repose surtout sur la réunion de plusieurs éléments : un boîtier rare, un état annoncé comme très bien conservé, des photographies d’époque et une provenance directe. Surtout, Murrow ne semble pas avoir gardé cette montre dans un tiroir. Il la portait dans l’exercice de son métier.
Le marché a déjà montré qu’un récit documenté pouvait transformer la perception d’une montre. La montre offerte par Cary Grant à l’aide-soignante de sa mère avait largement dépassé son estimation. Plus récemment, la Cartier Cheich en or blanc proposée aux enchères a démontré que la provenance et la rareté pouvaient compter davantage que le mouvement lui-même.
La comparaison doit néanmoins s’arrêter là. La Bulova de Murrow n’est ni une Daytona rarissime ni une création Cartier unique. Son résultat dépendra du nombre d’enchérisseurs sensibles à l’histoire du journalisme américain, de son état mécanique et des documents fournis avec le lot.
Edward R. Murrow reste associé à une période durant laquelle les présentateurs de télévision incarnaient presque personnellement la crédibilité de l’information. Sa montre devient ainsi le témoin matériel d’une autre façon de produire le journal télévisé : les séquences étaient minutées au poignet, bien avant les écrans connectés et les chronomètres numériques omniprésents.
La vente se terminera le 22 octobre 2026. Jones & Horan annonce une adjudication sans prix de réserve et sans commission acheteur. Jusqu’au dernier instant, personne ne pourra donc affirmer sérieusement combien le lot 99 vaut aux yeux des collectionneurs.
Son intérêt est ailleurs. Cette Bulova porte les traces d’un métier, d’une époque et d’un homme qui a contribué à transformer le journalisme audiovisuel. Pour approfondir cet univers sans entrer dans les prix d’une vente historique, notre sélection de chronographes pour homme à moins de 500 euros montre que cette complication conserve aujourd’hui une vraie utilité au poignet.
Le futur acheteur ne remportera donc pas seulement un chronographe Bulova en or. Il repartira avec la montre que Murrow consultait quand l’Amérique attendait ses mots.
Sources externes : Jones & Horan et Worn & Wound.