Publié par David Deteve dans A. Lange & Söhne le 16/10/2026 à 15:26
Trois disques. Aucun écran. Quand la A. Lange & Söhne Zeitwerk passe de 12 h 59 à 13 h 00, trois disques sautent presque simultanément. L'effet rappelle une montre numérique. Sauf qu'ici, pas de batterie ni d'électronique : tout est mécanique. Et derrière cette lecture apparemment simple se cache une sacrée prouesse horlogère.
Présentée en 2009, la Zeitwerk rompt avec les habitudes de la manufacture. Les heures apparaissent dans un guichet à gauche, les minutes dans un autre à droite. Au centre, un pont en maillechort encadre les affichages. En bas, une petite seconde conserve une aiguille traditionnelle.
Le plus fascinant arrive toutes les 60 secondes. Les disques nécessaires avancent d'un cran. À 12 h 59, lorsque 13 h 00 arrive, les trois disques doivent basculer ensemble, instantanément. Faire bouger autant de matière avec une telle précision réclame bien davantage que l'énergie d'une simple aiguille.
Sur la référence 142.031 en or rose, le cadran noir en argent massif renforce la présence du dispositif. C'est spectaculaire, mais moins discret qu'une Lange 1 au cadran asymétrique.
Le mouvement manuel L043.6 compte 451 pièces et fonctionne à 18 000 alternances par heure, soit 2,5 Hz. Son dispositif breveté à force constante régule l'énergie transmise au balancier et commande les changements d'affichage.
La deuxième génération, arrivée en 2022, corrige deux contraintes du modèle original. D'abord, une réserve de marche portée de 36 à 72 heures grâce à deux ressorts-moteurs. Ensuite, un poussoir à 4 heures permet d'avancer l'heure indépendamment. La commutation s'effectue au relâchement.
Le cadran avertit également du moment où il faudra remonter : les douze dernières heures apparaissent en rouge sur l'indicateur de réserve de marche. Un détail pratique dans une montre aussi complexe.
Le fond saphir dévoile une mécanique richement décorée, très différente de celle du Datograph Up/Down et de son chronographe flyback. Deux démonstrations de savoir-faire, mais pas la même obsession.
La Zeitwerk mesure 41,9 mm de diamètre pour 12,2 mm d'épaisseur. Ajoutez le boîtier en or rose et son bracelet en alligator : on est davantage face à une pièce de collection qu'à une sportive polyvalente.
Son étanchéité est limitée à 3 bar. Elle demande donc des précautions face à l'eau et n'est pas destinée à la baignade. Contrairement à l'Odysseus automatique, il faut aussi la remonter à la main.
Quant au prix de la référence 142.031, la manufacture affiche « prix sur demande » en France. Je préfère cette mention officielle à un chiffre potentiellement dépassé, surtout pour une pièce de haute horlogerie.
Le principal défaut reste finalement sa polyvalence limitée. Elle impose son gabarit, son caractère et une certaine discipline d'utilisation. Pas vraiment la montre qu'on enfile sans réfléchir.
Mon verdict : la Zeitwerk n'est ni particulièrement fine, ni pratique, ni abordable. En revanche, elle transforme chaque changement de minute en spectacle mécanique. Si l'on achète une montre pour être fasciné par son fonctionnement, difficile de rester indifférent.
À retrouver parmi nos avis A. Lange & Söhne.