Publié par David Deteve dans Actualités le 16/09/2026 à 09:43
Personne ne l’avait vue venir.
Rolex vient de réveiller l’une des montres les plus étranges de son histoire. Son nom officiel : Perpetual Padellone. En italien, « padellone » signifie littéralement « grande poêle ». Le surnom pourrait faire sourire si la montre ne coûtait pas jusqu’à 72 800 dollars et si elle n’embarquait pas l’une des complications les plus ambitieuses jamais installées dans une Rolex moderne.
Dévoilée le 15 septembre 2026, loin du calendrier très réglé de Watches and Wonders, cette nouveauté tranche franchement avec les Submariner, GMT-Master II et Daytona qui dominent l’image de la marque. Ici, pas de lunette de plongée ni de chronographe automobile. Rolex parle calendrier annuel, phase de lune en météorite, émail bleu et haute horlogerie habillée. Un virage ? Peut-être. Mais certainement pas une petite variation de cadran.
Le nom ne sort pas d’une réunion marketing un peu trop arrosée. Il vient de la Rolex référence 8171, produite entre 1949 et le début des années 1950. Son diamètre de 38 mm paraissait énorme pour l’époque, d’où ce surnom italien donné par les collectionneurs. Cette ancienne Rolex affichait déjà le jour, le mois, la date et les phases de lune.
Elle restait pourtant une anomalie. Contrairement aux montres Oyster qui construisaient alors la réputation de Rolex, la référence 8171 ne possédait pas de boîtier étanche à couronne vissée. Beaucoup d’exemplaires ont donc mal supporté les décennies, l’humidité attaquant les cadrans. Les pièces bien conservées sont aujourd’hui particulièrement recherchées.
La nouvelle Padellone ne copie pas servilement son ancêtre. Elle reprend son organisation générale, puis la glisse dans l’univers plus élégant de la Rolex 1908 : boîtier aux lignes courbes, lunette partiellement cannelée, verre bombé et fond transparent. Elle mesure 39 mm, soit seulement un millimètre de plus que la montre de 1949. Belle retenue. Pour une fois.
Le cadran concentre l’essentiel du spectacle. Deux guichets placés à 12 heures indiquent le jour et le mois en anglais. Une longue aiguille bleue terminée par un croissant pointe la date sur le pourtour. À 6 heures, un disque en émail bleu reproduit le cycle lunaire en 29,53 jours.
Rolex pousse le détail assez loin : la pleine lune et la nouvelle lune sont façonnées dans de la météorite. La seconde reçoit un traitement bleu foncé. Les deux astres portent même un visage, clin d’œil direct à la référence 8171. C’est poétique, presque inattendu chez une marque généralement plus à l’aise avec les couronnes vissées et les profondeurs marines.
Le calendrier annuel sait différencier les mois de 30 et 31 jours. Il ne réclame donc qu’une correction par an, lorsque février laisse place à mars, comme la Rolex Sky-Dweller. Mais la Padellone ajoute une petite démonstration mécanique : à minuit, le jour, la date et le mois sautent simultanément, en une fraction de seconde.
Quatre correcteurs discrets intégrés dans la carrure servent à régler séparément le mois, la date, le jour et la phase de lune. Pratique ? Oui, même si sortir un outil pour corriger une montre à plus de 50 000 dollars casse un peu la magie. On ne va pas se mentir.
Sous le cadran travaille le nouveau calibre automatique 7190. Il bat à 5 Hz, soit 36 000 alternances par heure, une fréquence encore rare chez Rolex. Cette architecture rappelle le travail réalisé sur la Rolex Land-Dweller, elle aussi pensée autour d’un mouvement moderne à haute fréquence.
Le calibre utilise le système de calendrier Haplos breveté par la marque. Rolex annonce 30 demandes de brevet autour du mouvement, dont deux propres à la Padellone. Le fond en saphir permet d’observer les ponts décorés et la masse oscillante ajourée en or jaune. Autrement dit, Rolex ne cache plus sa mécanique. Elle la met en scène.
Le boîtier reste étanche à 50 mètres. C’est suffisant pour une montre habillée, mais loin des standards d’une Submariner. La Padellone n’a pas vocation à plonger. Son terrain, c’est plutôt le poignet sous une manche de chemise, avec un cadran qui demande plusieurs secondes d’observation. Pas juste un coup d’œil.
Rolex propose trois configurations. La référence 53505-0002 associe un boîtier en or Everose, un cadran blanc intense et un bracelet en alligator brun. La 53505-0003 conserve cet habillage, mais reçoit le bracelet Settimo en or, composé de sept petits éléments par rangée. C’est elle qui atteint 72 800 dollars aux États-Unis.
La référence 53506-0002 passe au platine 950 avec cadran bleu glacier et bracelet en alligator noir. Son tarif américain annoncé est de 66 200 dollars, contre 59 000 dollars pour l’Everose sur cuir. Les prix français devront être confirmés : convertir mécaniquement ces montants en euros donnerait une information trompeuse.
Cette Padellone n’est donc ni une édition limitée annoncée, ni une réédition fidèle. C’est une nouvelle famille qui pousse Rolex vers un territoire occupé par Patek Philippe, Vacheron Constantin ou A. Lange & Söhne. La comparaison sera brutale. À ce niveau de prix, le logo à la couronne ne suffit plus ; la finition, l’équilibre du cadran et la sensation au poignet seront scrutés.
Rolex avait déjà montré avec la 1908 qu’elle voulait revenir sur le terrain de la montre habillée. La Padellone va beaucoup plus loin. Elle reprend un vrai fragment de son patrimoine, ajoute une mécanique spectaculaire et assume enfin un peu de fantaisie. Franchement, son nom reste improbable. Mais c’est justement pour cela qu’on risque de ne pas l’oublier.
Sources : Rolex, GQ et Fratello. Retrouvez également nos avis et actualités Rolex.