Publié par David Deteve dans Actualités le 16/10/2026 à 09:13
C'est un rapprochement que peu de passionnés d'horlogerie avaient vu venir. François-Henry Bennahmias, l'ancien patron d'Audemars Piguet, aurait été appelé pour conseiller Hublot. Une information révélée le 15 octobre 2026 par le média français Glitz, puis relayée par Hodinkee. Et derrière cette arrivée possible, une vraie question : Hublot cherche-t-elle à retrouver la réussite commerciale qu'Audemars Piguet a connue sous sa direction ?
Le contexte explique pourquoi cette nouvelle attire l'attention. Selon les estimations de Morgan Stanley, Hublot aurait réalisé environ 460 millions de francs suisses de chiffre d'affaires en 2025, soit une baisse de 7 % sur un an. La marque reste mondialement connue, mais ses performances commerciales ne suivent plus forcément sa visibilité médiatique.
Selon Glitz, Jean Arnault, désormais chargé de superviser plusieurs marques horlogères du groupe LVMH, aurait fait appel à François-Henry Bennahmias pour une mission de conseil auprès de Hublot.
Hodinkee confirme avoir obtenu des informations similaires auprès de personnes proches du dossier.
Attention toutefois : Hublot n'a pas officiellement annoncé ce recrutement. Interrogé par Hodinkee, un porte-parole de la marque a refusé de commenter.
Autre précision : Bennahmias ne remplacerait pas Julien Tornare. Ce dernier, arrivé à la direction générale de Hublot en 2024 après avoir dirigé Zenith, conserverait ses fonctions.
Il s'agirait donc d'une mission de conseil stratégique, dont le périmètre exact reste inconnu. Aucune nouvelle collection, réorganisation du réseau ou modification des prix n'a été annoncée à cette occasion.
Et pourtant, le parcours de Bennahmias suffit à rendre cette information particulièrement intéressante.
François-Henry Bennahmias a dirigé Audemars Piguet pendant plus de dix ans, jusqu'à fin 2023. Durant cette période, les ventes annuelles de la manufacture suisse ont dépassé les deux milliards de dollars.
Cette croissance s'est notamment construite autour d'une collection devenue extrêmement désirable : la Royal Oak d'Audemars Piguet.
Une montre sportive de luxe, immédiatement reconnaissable, avec son boîtier octogonal et son bracelet intégré. Mais la réussite ne repose pas uniquement sur le produit.
Sous la direction de Bennahmias, Audemars Piguet a renforcé ses liens avec les célébrités, développé une distribution plus sélective et cultivé une image de marque très identifiable.
L'association entre haute horlogerie et personnalités publiques reste d'ailleurs bien visible aujourd'hui. La récente Royal Oak liée à Serena Williams montre comment la manufacture continue d'exploiter ce territoire.
Mais une nuance s'impose : on ne peut pas attribuer toute la croissance d'Audemars Piguet à un seul dirigeant. La force historique de la Royal Oak, les capacités de production et la demande mondiale ont également joué leur rôle.
Ce qui intéresserait probablement Hublot, c'est cette expérience consistant à transformer une marque connue en une marque que les collectionneurs recherchent activement.
Hublot n'a jamais manqué d'audace. Depuis sa création en 1980, elle associe des matériaux improbables, des designs puissants et des collaborations avec des artistes ou des sportifs.
Le problème n'est donc pas vraiment de se faire remarquer.
La récente Hublot Balloon Dog créée avec Jeff Koons illustre parfaitement cette stratégie. Une montre spectaculaire, immédiatement identifiable, qui attire les regards bien au-delà du monde horloger.
À l'inverse, la marque vient également de dévoiler sa Classic Fusion Tributo à 30 200 €, une création beaucoup plus discrète qui reprend les codes de sa première montre de 1980.
Deux approches presque opposées : d'un côté, le spectaculaire ; de l'autre, le retour aux origines.
C'est justement là que l'arrivée éventuelle de Bennahmias pourrait devenir intéressante. Faut-il renforcer l'identité historique de Hublot ? Rendre certaines collections plus exclusives ? Repenser la façon dont la marque s'adresse aux collectionneurs ?
Pour l'instant, ce sont des questions, pas des décisions confirmées.
Les 460 millions de francs suisses de ventes estimées en 2025 placeraient Hublot au seizième rang des marques horlogères suisses selon Morgan Stanley. Un recul d'environ 7 % ne signifie pas que la marque est en difficulté financière, mais il montre que la croissance n'est plus acquise.
Je trouve ce rapprochement assez révélateur. Hublot sait depuis longtemps faire parler de ses montres. Audemars Piguet a réussi à transformer certains de ses modèles en objets de désir particulièrement recherchés.
Les deux savoir-faire ne sont pas identiques.
Si cette mission se confirme, le véritable enjeu sera de voir si Bennahmias peut aider Hublot à renforcer sa désirabilité commerciale sans lui faire perdre son caractère provocateur. Parce qu'une Hublot qui chercherait simplement à devenir une nouvelle Audemars Piguet perdrait probablement une partie de ce qui la rend différente.
Reste à attendre une confirmation officielle et, surtout, les premières décisions concrètes.
Sources : Glitz, enquête du 15 octobre 2026 et Hodinkee, Andy Hoffman, 15 octobre 2026. Le recrutement évoqué n'a pas fait l'objet d'une confirmation officielle de Hublot au moment de la publication.